On est le 29 février et c’est notre dernier jour à Bangkok mais aussi en Thaïlande. Pour cette dernière journée, nous avons tenus à visiter les khlongs ou plutôt nous balader sur une petite partie de ces canaux qui quadrillent la partie ouest de la capitale et s’étend jusqu’aux plaines du centre du pays.
Depuis des décennies les khlongs, en proie aux inondations, ont été boudés par les populations locales au dépend du centre-ville. Or depuis peu, elles redeviennent un endroit privilégié dans Bangkok pour son calme et son authenticité.
Avant le développement de l’automobile et de son large réseau routier, les khlongs étaient le meilleur moyen de circuler dans cette capitale gargantuesque. Très bien aménagés, indiqués et desservis, les khlongs ont joué un rôle décisif dans le transport et le commerce. Ces canaux sont reliés au Chao Praya par lequel arrivait les gros bateaux chargés de marchandises. Plus simplement, comme pour le réseau routier, il existe des voies principales, des canaux secondaires et même de tout petit passage pour se rendre au plus près des habitations. Un vrai labyrinthe aquatique !
Les khlongs font désormais partis des lieux inévitables à visiter à Bangkok. Mais comme pour beaucoup de sites, il faut éviter les « attrapes-touristes », c’est pourquoi nous avions en amont depuis la France réservé notre balade auprès de Thuan qui nous a été présenté lui et son associé comme des spécialistes et des amoureux des khlongs de leur quartier, et le plus : ils parlent français et son plein d’histoires et d’anecdotes ! (live.on.the.klongs@gmail.com). Pour la petite histoire, Thuan organise des balades dans le cadre de son association qui vient en aide aux riverains les plus démunis en leur apportant son savoir-faire et les matériaux nécessaires pour remettre sur l’eau les vieux bateaux près à couler. En venant frapper à sa porte, nous sommes donc rentrées dans un autre Bangkok, bien loin des sentiers fréquentés par le business touristique.
Une balade en long-tail boat sur les canaux de la ville est une vraie aventure en soi, premièrement parce qu’on a tout de suite l’impression d’être perdu dans les méandres de ce labyrinthe aquatique mais aussi par les étranges créatures qui se faufilent au plus près de nous… les terrifiants varans !
Immersion dans une vie locale insoupçonnée au milieu de ce merveilleux dédale, au pied des maisons sur pilotis et à proximité d’une population encore plus souriante qu’ailleurs. Les Khlongs resteront mon gros coup de cœur de Bangkok. Ode à la joie !
Nous sommes parties en taxi vers le quartier de Thonburi, une bonne heure de route plus tard, quelques ratés et un chauffeur sceptique, nous sommes arrivées à bon port, ou plutôt à bon quai, pour entamer notre dernière balade dans la capitale Thaïlandaise. En attendant Julien, l’associé de Thuan, nous avons discuté avec un sympathique voisin, un vieux monsieur très rigolo ! Quelques minutes plus tard nous avons embarqué à bord d’un petit bateau à moteur et c’était parti pour une balade de trois bonnes heures.
Au fil de l’eau, le guide a commencé à nous dire que les khlongs n’étaient plus vraiment utilisés aujourd’hui, n’étaient pas aussi actives et indispensables comme elles ont pu l’être autrefois. De plus, ils constituent un véritable problème pour Bangkok, car étant sujet aux crues dues aux moussons, l’eau y déborde vite, même trop vite et ainsi paralyse la ville et occasionne des dégâts humains et matériels considérable, comme ce fut le cas au mois de novembre 2011. On se demande alors pourquoi il est intéressant de visiter un tel endroit ? Quelques minutes suffisent à répondre, il s’agit là d’une partie intégrante et pittoresque de la vie de la capitale, de ce fascinant Bangkok.
Il faut savoir qu’une grande partie des Khlongs ont été bouchés pour des raisons de sécurité notamment par rapport aux inondations.
L’autre souci majeur des khlongs se sont l’extrême pollution des eaux. En effet pendant longtemps les eaux usées ont été déversés dans les canaux et aujourd’hui l’eau s’apparente davantage à une eau croupie qu’à une eau dans laquelle on aurait envie de plonger se rafraichir. Même si cela n’empêche en rien les enfants et certain adultes à plonger dans cette eau noire. La pêche y est aussi pratiquée et de drôle d’animaux y vivent… Au début de notre balade, notre guide nous a précisé que les canaux abritaient des milliers de varans…dans un premier temps j’ai eu du mal à associer une image au nom dans mon esprit, il est vrai (pour ma défense) qu’on croise rarement des varans dans le pays Basque. Puis d’un coup il nous demande de regarder ce fameux varan allongé sur la berge ! J’ai compris là qu’il ne s’agissait pas d’un gros poisson, mais d’un ignoble mélange entre un reptile, un crocodile et un dinosaure (oui j’ai une grande imagination) !
Désormais sur nos gardes, on se regarda et se glissa le mot que le bateau était tout de même sacrément proche de l’eau ! On a hésité à poser la question de savoir s’il y avait un risque d’attaque…ou tout simplement que le bateau coule, qu’une pieuvre géante nous fasse chavirer, qu’un varan saute à pieds joints dans notre bateau… (Oui tout est possible !!). Bref devant notre silence, notre guide nous a précisé que le varan n’attaquait pas l’homme, mais qu’une simple morsure conduit à un décès tant sa salive est pleine de bactéries. Rassurant l’info !!
Cette balade au milieu de ces reptiles s’est poursuivie par le conte des us et coutumes ainsi que les modes de vie des habitants. Premier constat, il y a des boites aux lettres à chaque maison (jusque-là tout est à l’évidence normale) mais le facteur fait il sa tournée depuis les khlongs ? Et bien oui ! Sur un petit bateau il livre tous les jours le courrier !
Certaines maisons hissées des drapeaux rouge afin de prévenir les bateaux de ralentir car la maison est susceptible d’être inondée par la vague produite par le bateau.
Le linge est disposé d’une certaine façon sur le séchoir, cela n’est pas anodin, les sous-vêtements étant considérés comme impure, ils sont ainsi placés au plus près du sol.
Voilà une superbe balade à recommander très fortement pour découvrir un autre visage de Bangkok mais aussi pour découvrir que dans cette capitale tentaculaire et étouffante, il existe des endroits calmes et paisibles et ainsi que se mêler à une population qui n’attendent que nos sourires.
En espérant pouvoir un jour revoir de tels sourires… mais comme nous le rappelle un beau proverbe thaï « le mercredi n’arrive pas qu’une fois » ce qui signifie « la terre est petite, on se reverra »…A bonne entendeur !